Observatoire de la Mondialisation
Créé en 1996, suite à l'entrée en vigueur de l'Organisation mondiale du commerce, l'Observatoire de la mondialisation rassemble des économistes, chercheurs, journalistes, responsables syndicaux et associatifs, engagés dans le suivi critique de la mondialisation de l'économie. L'Observatoire analyse les périls politiques croissants que soulève la mondialisation : rupture de la cohésion sociale, menace de l'état de droit et de la citoyenneté, affaiblissement du politique, montée des extrémismes en tous genres. Il fournit des éléments critiques d'information permettant d'en appréhender les mécanismes, et de décrypter des institutions dont l'opacité même constitue un obstacle à la démocratie.
Pour une mondialisation qui ait d'autres impératifs que le profit
à tout prix, qui renonce à l'uniformisation, qui respecte la diversité, les
cultures et les économies régionales. Pour une technologie propre qui protège
la nature, qui se consacre vraiment au bonheur des humains et de tous les êtres
vivants."__'esas ------------------------
Ou bien, au nom d’une solidarité européenne mal comprise, il s’inclinera totalement ou partiellement devant les plus ultralibéraux de ses partenaires, emmenés par ces dignes héritiers de Mme Margaret Thatcher que sont les amis du premier ministre britannique Anthony Blair, et il trahira les principes mêmes sur lesquels il a été porté au pouvoir. Ou bien il saura dire catégoriquement « non » à ce qui s’apparente à un viol de la volonté populaire, massivement hostile à l’ultralibéralisme et à la mondialisation financière, comme tous les sondages (notamment celui publié par L’Expansion du 7 octobre), et toutes les élections le prouvent.
BERNARD CASSEN.
SOUS l’effet de la mondialisation et de l’affirmation d’un « droit
d’ingérence », la souveraineté des Etats subit une érosion dont
l’intervention de l’Alliance atlantique au Kosovo est une illustration
spectaculaire. Cette évolution, amorcée avec la naissance du droit humanitaire
et du droit de la guerre, à partir des conférences de paix de 1899 et 1907, et
surtout des conventions de Genève de 1949, s’étend à un nombre croissant de
domaines, et notamment à l’économie. Pourtant, alors qu’aucun champ de
compétence étatique ne semble à l’abri, l’effritement du principe de
souveraineté n’a pas la même signification dans chacun d’eux. Si l’émergence
d’un ordre économique supérieur - fondé sur le primat des marchés et gardé par
des institutions internationales autant irresponsables que complices, en
premier lieu l’OMC -, est patente, le social et
l’environnement n’y trouvent guère place. La construction d’une justice
internationale oublie d’ailleurs largement les « crimes » économiques
et financiers, tandis que la Charte des Nations unies fait l’objet d’une application
à géométrie variable.
Par SUSAN
GEORGE
Vice-présidente d’Attac France, auteur du Rapport
Lugano, Fayard, Paris, 2000, de Remettre l’OMC
à sa place, Mille et Une Nuits, Paris, 2001 et, avec Martin Wolf, de Pour
ou contre la mondialisation libérale, Grasset, Paris, 2002
Les services qui tomberaient sous la férule de règles de l’OMC ne représentent pas seulement des transactions commerciales portant sur des milliers de milliards de dollars chaque année. Ils englobent quasiment toutes les activités humaines, notamment la distribution, le commerce de gros et de détail ; le bâtiment et les travaux publics, l’architecture, la décoration, l’entretien ; le génie civil et l’ingénierie ; les services financiers, bancaires et d’assurances ; la recherche-développement ; les services immobiliers et le crédit- bail location ; les services de communication, les postes, les télécoms, l’audiovisuel, les technologies de l’information ; le tourisme et les voyages, les hôtels et les restaurants ; les services de l’environnement dont la voirie, l’enlèvement des ordures, l’assainissement, la protection du paysage et l’aménagement urbain ; les services récréatifs, culturels et sportifs, dont les spectacles, les bibliothèques, les archives et les musées ; l’édition, l’imprimerie et la publicité ; les transports par toutes les voies imaginables, y compris spatiales. Sans oublier l’éducation (les enseignements primaire, secondaire, supérieur et la formation permanente) et la santé animale et humaine - soit plus de 160 sous-secteurs et activités (5).
SI ce vaste programme est déjà difficilement maîtrisable par les
gouvernements des pays développés, son contrôle est
totalement hors de portée des pays du Sud. Beaucoup d’entre eux n’ont même pas
de représentation permanente auprès de l’OMC, ou en
partagent une à plusieurs
SUSAN GEORGE.
NON contente de faire prévaloir les principes du libre-échange sur toute autre considération qu’elle soit culturelle, sociale ou écologique dans la régulation du commerce international, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) entend désormais régenter les règles de la concurrence, l’accès aux marchés publics et les lois sur les investissements. Avec l’appui de l’OCDE, et au seul profit des entreprises transnationales de l’industrie et de la finance dont les gouvernements sont les porte-parole zélés.
L’Accord plurilatéral sur les marchés publics a été conclu en 1994, et il est entré en vigueur le 1er janvier 1996. Ses vingt-quatre signataires (4) sont uniquement des pays industrialisés. L’objectif est de l’étendre aux Etats encore récalcitrants, qui continuent à privilégier les entreprises locales. Car l’Accord est particulièrement contraignant : il s’applique non seulement aux marchés de fournitures passés par un gouvernement central, mais aussi aux marchés de services, y compris l’adjudication de travaux publics, et à ceux passés par les entités locales (provinces, municipalités, etc.). Les marchés passés par les entreprises de service public sont également visés.
PLUSIEURS représentants de pays en voie de développement se rebellèrent, soulignant que le Congrès américain était encore plus corrompu que leurs propres gouvernements. Le terme de " corruption " fut donc retiré et remplacé par celui de " transparence ". C’est celui qui figure dans la déclaration ministérielle créant le groupe de travail chargé d’ " effectuer une étude sur la transparence des pratiques de passation des marchés publics, en tenant compte des politiques nationales, et, sur la base de cette étude, d’élaborer des éléments à inclure dans un accord approprié ". La référence aux " politiques nationales " est une simple concession de forme, destinée à obtenir le consensus des ministres présents.
COMME un avion dont les réacteurs tombent l’un après l’autre en panne, jusqu’au moment où il n’en reste qu’un pour maintenir en vol l’appareil, le libre-échange apparaît comme l’ultime rempart d’un modèle de mondialisation ultralibérale ébranlé par la crise financière et l’échec de l’AMI. La guerre commerciale, désormais seul programme des intégristes de la globalisation, va ainsi étendre à toute la planète les ravages sociaux que subissent déjà l’Asie orientale, la Russie, l’Amérique latine. Et c’est cette doctrine qui, sans la moindre réflexion critique, tient lieu de prêt-à-penser pour la majorité des dirigeants politiques. De droite et de gauche.
· MOBILISATION CONTRE LA GLOBALISATION IMPOSÉE PAR LES GRANDES ENTREPRISES. - « Nous devons demander que l’Organisation mondiale du commerce abandonne des négociations plus avancées, qu’elle revoie et répare plutôt les dommages causés sous le régime de l’OMC dans les cinq dernières années. Notre message aux grandes entreprises et élites politiques est le suivant : pas de nouveau cycle de négociations de l’OMC - nous voulons un cycle d’évaluation, ou rien. » Le site est riche en informations sur la prochaine conférence de Seattle et sur le nouveau cycle de négociations ; il offre de nombreux liens.
· ATTAC. - « Refusons le discours dominant du libéralisme qui impose la libre-circulation des marchandises et des capitaux et leur fuite dans les paradis fiscaux tout en empêchant la liberté de circulation des personnes. Avec nos organisations, associations, syndicats et ONG, avec nos élus, exigeons la mise sous contrôle citoyen de l’OMC et des institutions financières internationales. »
· PUBLIC CITIZEN. - Un observatoire du commerce mondial qui se bat pour « un commerce international et des politiques de l’investissement assurant la promotion de la responsabilité des gouvernements et des grandes entreprises, la santé et la sécurité des consommateurs, et la protection environnementale à travers la recherche, le lobbying, l’éducation publique et les médias ».
· THIRD WORLD NETWORK. - Groupement de syndicats, mouvements sociaux, associations de citoyens et organisations non-gouvernementales, le « Réseau tiers-monde » affirme que « l’OMC et ses accords ont été utilisés pour faciliter l’ouverture des marchés des pays en développement, au bénéfice des entreprises transnationales, avec des effets néfastes sur les économies nationales, les travailleurs, les paysans, les femmes et l’environnement en Afrique. Cela a contribué à la concentration des richesses dans les mains des plus riches, tout en accroissant la pauvreté pour la majorité de la population mondiale ».
· DÉCLARATION DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ CIVILE INTERNATIONALE. - « Nous, soussignés les membres de la société civile internationale, nous opposons à tout effort pour l’accroissement des pouvoirs de l’OMC à travers un nouveau cycle de libéralisation du commerce. Au contraire, les gouvernements devraient revoir et rectifier les déficiences du système et du régime de l’OMC. » Déclaration cosignée par plus de 160 associations du monde entier.
Loin d’optimiser l’allocation des ressources matérielles et immatérielles de la planète - sans parler de ses richesses humaines - la globalisation engendre de profonds dysfonctionnements et des gaspillages éhontés. La satisfaction des besoins de la société ne figure pas, il est vrai, au nombre de ses objectifs. C’est pourquoi l’efficacité que certains lui prêtent n’est qu’une prétention absurde.
Une économie financière purement spéculative s’est développée, de plus en plus dissociée - quand elle n’en est pas ennemie - de l’économie réelle et d’une véritable culture industrielle. L’objectif de la rentabilité à court terme provoque, ici, des crises de surproduction (industrie automobile, électronique, informatique, acier), là des pénuries (logement, éducation, alimentation) et, dans maints autres secteurs, des chutes de productivité (céréales de base, systèmes informatiques, etc.)
La mondialisation entraîne les économies vers des structures de production de l’éphémère, du volatile - par la réduction massive et généralisée de la durée de vie des produits et des services - et du précaire (travail intérimaire, flexible, à temps partiel subi). Au lieu de revaloriser en permanence les ressources disponibles, elle les rend le plus vite possible obsolètes, inutiles, non recyclables. Le travail humain et les rapports sociaux en font les frais.
Allons-nous laisser à cette machine infernale le pouvoir d’être le seul arbitre de l’histoire économique, technologique, politique et sociale du prochain siècle ?
RICCARDO PETRELLA
Pour la puissance mondiale, tout aussi intégriste que l’orthodoxie religieuse, toutes les formes différentes et singulières sont des hérésies. A ce titre, elles sont vouées soit à rentrer de gré ou de force dans l’ordre mondial, soit à disparaître. La mission de l’Occident (ou plutôt de l’ex-Occident, puisqu’il n’a plus depuis longtemps de valeurs propres) est de soumettre par tous les moyens les multiples cultures à la loi féroce de l’équivalence. Une culture qui a perdu ses valeurs ne peut que se venger sur celles des autres. Même les guerres - ainsi celle d’Afghanistan - visent d’abord, au-delà des stratégies politiques ou économiques, à normaliser la sauvagerie, à frapper d’alignement tous les territoires. L’objectif est de réduire toute zone réfractaire, de coloniser et de domestiquer tous les espaces sauvages, que ce soit dans l’espace géographique ou dans l’univers mental.
La mise en place du système mondial est le résultat d’une jalousie féroce : celle d’une culture indifférente et de basse définition envers les cultures de haute définition - celle des systèmes désenchantés, désintensifiés, envers les cultures de haute intensité -, celle des sociétés désacralisées envers les cultures ou les formes sacrificielles.
JEAN BAUDRILLARD
ui fait peur. C'est